Si vous êtes un peu philosophe dans l’âme vous vous êtes sûrement déjà posé la question. Est-ce que le cheval apprécie l’équitation ? Comment savoir s’il aime être monté ? A quoi peut-on le voir ? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre de notre point de vue d’être humain car il y a tant de différence entre eux et nous…
Pour avoir vu, côtoyé, monté et travaillé énormément de chevaux différents, je me permets d’émettre mon avis qui est que oui, le cheval peut VRAIMENT apprécier l’équitation dans certains cas. Il est en effet difficile de se prononcer pour l’immense majorité d’entre eux mais un cheval heureux au travail, ça se voit et ça se sent immédiatement.
Le cheval peut-il ressentir du plaisir à pratiquer l’équitation ?
Première question qui mérite une réponse aboutie. Dans cet extrait du livre « La vérité sur l’équilibre » de Dominique Ollivier, il nous dit que :
« Au moment où le cavalier s’apprête à solliciter le cheval, il n’est jamais suffisamment attentif à l’équilibre dans lequel se trouve l’animal. Le fait que le cheval soit dans un certain équilibre suppose qu’il soit dans cet état psychologique particulier que l’éthologie appelle un « champ détendu ».
C’est le niveau de plus basse tension. Le champ détendu est le premier étage de cinq fonctions finalisées et hiérarchisées selon des niveaux d’excitation interne croissante. Le niveau de tension le plus élevé est la sauvegarde qui correspond à l’alerte, la fuite ou l’agression. Tant que le cheval travaille en champ détendu, il va éprouver du plaisir à se mouvoir. Pour peu que les aides du cavalier soient diligentes et que le cheval prend intérêt à ce qu’on lui demande de faire, le cheval ressent un véritable « plaisir fonctionnel ». Le mouvement est alors gratifiant. Il est récompensant en lui-même.
Le cheval est engagé dans un processus de perfectionnement renforcé par le plaisir qu’il ressent. Il est en cohérence avec son environnement dont le cavalier est le principal représentant. Dans ces conditions, il entretient la situation dans laquelle son action lui donne l’effet rétroactif juste.
Mais, si pour une raison quelconque le comportement du cavalier gonfle la pression sur l’animal, alors la tension nerveuse s’élève en réponse à ce qui pourrait être perçu comme une agression. Le cheval n’est plus en champ détendu et l’équilibre précédent est rompu. Instantanément une rétroaction intervient dont l’objectif est de rétablir l’équilibre. »
J’interprète ce paragraphe de la façon suivante : lorsque l’auteur parle d’équilibre il parle de la posture régulière dans laquelle se trouve le cheval. La position précédant l’action, la façon dont le cheval répartit son poids et ses forces conditionne aussi le mouvement à venir.
L’état psychologique dans lequel se trouve le cheval intervient sur l’équilibre du cheval. Plus le cheval est en tension et plus cela se ressent dans son corps, tous les cavaliers connaissent ça, lorsque le cheval passe en état d’alerte, il s’immobilise d’abord encolure haute et rythme cardiaque accéléré avant de passer à la phase « survie » où son corps préparé se mobilise brutalement pour entamer la fuite. Logiquement, une modification de l’état psychologique du cheval entraîne une modification de son équilibre puisqu’un changement intervient dans sa façon de se mouvoir ou de se tenir.
Lorsque le cheval est en champ détendu, il est disponible et à l’écoute de son cavalier. Malgré la contrainte relative que peut engendrer l’exercice, il éprouve tout de même du plaisir dans le dialogue qu’il trouve avec son cavalier. Je pense qu’on pourrait alors comparer l’équitation du point de vue du cheval à du yoga. Ce dernier apprend à mieux ressentir son corps, à mieux l’utiliser, il s’assouplit et se muscle par la même occasion et retire du bien-être de cette pratique. Bien sûr tout cela est bénéfique tant que le cavalier utilise ses aides avec parcimonie, qu’il laisse le cheval s’exprimer et lui suggérer des réponses à ses demandes et tant qu’il est lui-même intéressé par ce dialogue.
Si le cavalier modifie l’état psychologique du cheval, ce dernier ne se trouvant plus en champ détendu, il engendre alors une rétroaction c’est-à-dire une défense de la part du cheval qui va chercher à retourner dans son état d’équilibre précédent, puis en « champ détendu ». Cette défense sera plus ou moins violente au regard de la tension emmagasinée allant d’un simple battement à la main jusqu’aux plus violentes ruades visant à se défaire de l’élément suspecté comme étant l’objet de l’agression à l’égard du cheval.
Comment faire apprécier l’équitation à son cheval ?
- Se remettre en question sans cesse : considérer le cheval comme le professeur, accepter un dialogue à double sens et éviter à tout pris d’imposer une relation basée sur un donneur d’ordre et un exécutant car cela détruit la motivation et la créativité du cheval.
- Rechercher le confort en utilisant des aides moins contraignantes, le cheval devant se porter seul dans le mouvement en avant et n’en changer qu’à la demande du cavalier. Préférer répéter la demande plutôt que de renforcer les aides. Ceci est bien expliqué dans le livre de J-C Racinet, voir mon article sur ce livre.
- Susciter l’intérêt de son cheval, lorsqu’il fait bien, rendre la chose confortable en utilisant la récompense ou en supprimant les aides pour rendre l’attitude dans laquelle il se trouve tout à fait confortable. Éviter de se contenter de marcher, trotter et galoper durant une heure dans un espace réduit, varier les demandes, être plus précis et rigoureux…
- Proposer et laisser faire, accepter les réponses données spontanément c’est le signe d’un cheval qui cherche une solution au problème qu’on lui a posé, ce signe de créativité témoigne de son bien-être, il se trouve en « champ détendu ».
- Privilégier l’équilibre à l’impulsion, choisir d’abord la légèreté des aides et du cheval même si vous avez l’impression que c’est au détriment du résultat. Lorsque le cheval modifie son équilibre vers plus de légèreté il doit se réorganiser pour travailler différemment ce qui lui demande un temps d’adaptation, bousculer c’est rompre l’équilibre, provoquer des défenses et déroger à la deuxième règle énoncée ici.
Impossible d’apporter des données scientifiques sur la notion de plaisir chez le cheval dans la pratique de l’équitation car il s’agit là déjà d’un sentiment subjectif. Mais, mon expérience et la fréquentation quotidienne de ces quadrupèdes me persuade que le cheval peut effectivement éprouver du plaisir dans la pratique de l’équitation dans certaines conditions déjà énumérées.
Le cheval étant un animal sensible avec un instinct de fuite exacerbé, il faut savoir le mettre en confiance et préserver son confort à chaque étape de son dressage et durant toute sa vie. C’est ainsi que l’on peut développer sa générosité, sa complicité et pousser toujours plus loin le désir de fusion entre le cheval et son cavalier.
MES CONSEILS POUR TRAVAILLER VOTRE CHEVAL tout en respectant son bien-être
Les grands principes à respecter pour pratiquer une équitation plus agréable pour votre cheval et plus confortable et pourquoi le avec ou sans mors n’est pas un débat.
Tous ceux qui y ont goûtés sont devenus accrocs à ces sensations…


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